L`Autriche élit un nouveau président

  22 Mai 2016    Lu: 663
L`Autriche élit un nouveau président
L`Autriche élit dimanche un nouveau président lors d`un scrutin très suivi en Europe où un candidat d`extrême droite, Norbert Hofer, est donné favori face à l`écologiste Alexander Van der Bellen, après l`élimination au premier tour des grands partis au pouvoir.
Quelque 6,4 millions d`électeurs sont appelés aux urnes pour désigner un successeur au social-démocrate Heinz Fischer, qui achève son deuxième mandat et ne pouvait pas se représenter.

Les bureaux de vote ouvriront à 05h00 GMT et fermeront à 15h00 GMT, heure à laquelle seront publiées les premières estimations.

"Je serai président", a assuré M. Hofer, 45 ans, qui est arrivé largement en tête au premier tour avec 35% des suffrages, meilleur score à un scrutin national de son parti, le FPÖ. M. Van der Bellen avait recueilli 21,3% des voix.

Une victoire de M. Hofer, un ingénieur aéronautique âgé de 45 ans, militant depuis sa jeunesse au FPÖ et vice-président du parlement autrichien depuis 2013, constituerait la première élection à la tête d`un Etat de l`Union européenne d`un représentant d`un parti radical et nationaliste.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a exprimé à la l`avant-veille du scrutin sa crainte de "voir la droite pure et dure et l`extrême droite" l`emporter dimanche en Autriche, une perspective applaudie en revanche par le Front national français.

En 2000, l`entrée au gouvernement autrichien du FPÖ, alors dirigé par Jörg Haider, avait provoqué des sanctions européennes et valu à ce pays le statut de paria au sein de l`Union.

Les observateurs reconnaissent un statut de favori à Norbert Hofer, tout en restant prudents, faute de sondages entre les deux tours.

Les partis social-démocrate (SPÖ) et conservateur (ÖVP), au pouvoir depuis la Seconde guerre mondiale, ont subi une déroute historique au premier tour, atteignant moins de 11,3% chacun, sur fond de crise migratoire et de morosité économique.

Aucun parti, à l`exception des Verts qu`il a dirigés pendant plusieurs années, n`a donné de consigne de vote en faveur de M. Van der Bellen, conformément à la tradition politique du pays.

Cet ancien professeur d`université âgé de 72 ans, tenant d`une ligne centriste et libérale, a toutefois recueilli de nombreux soutiens de personnalités, ce qui lui a valu d`être qualifié de "candidat de l`establishment" par M. Hofer.

M. Van der Bellen a appelé vendredi à faire barrage à l`extrême droite, rappelant que "la folie du nationalisme" avait causé la ruine du pays.

Porté par la crise des migrants qui a vu 90.000 personnes demander l`asile en Autriche en 2015, soit plus de 1% de sa population, M. Hofer s`est gardé des dérapages ouvertement xénophobes qui avaient fait la marque de son parti par le passé.

Ce député discret et policé, qui a contribué à lisser l`image de son parti, a principalement axé son discours sur l`emploi et le niveau de vie des Autrichiens, assurant qu`il n`entendait pas voir son pays quitter l`UE, à moins que la Turquie n`y adhère.

Mais M. Hofer, un proche conseiller du chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, a prévenu qu`il entendait être un "président actif", en rupture avec le rôle essentiellement protocolaire joué jusqu`à présent par les chefs d`Etat autrichiens.

En Autriche, le président n`intervient pas dans la gestion quotidienne du pays mais dispose de prérogatives formelles importantes comme celle de révoquer le gouvernement.

M. Hofer, qui en droit pourrait nommer M. Strache à la chancellerie et provoquer ainsi de nouvelles élections, a assuré que "le renvoi du gouvernement ne serait (...) que le dernier recours". Mais M. Strache a d`ores et déjà réclamé de nouvelles législatives, que son parti espère remporter.

Le ciel s`est légèrement éclairci pour M. Van der Bellen à l`approche du second tour, avec la démission du chancelier Werner Faymann (SPÖ), un des principaux boucs émissaires de M. Hofer. M. Faymann a été remplacé par Christian Kern, jusqu`alors patron respecté du rail autrichien.

Près de 900.000 électeurs ont demandé à voter par correspondance pour le scrutin, soit plus de 14% du corps électoral, un record. Ce vote par correspondance, d`ordinaire défavorable au FPÖ, ne sera pas dépouillé avant lundi, ce qui pourrait retarder d`autant la proclamation d`un vainqueur en cas de résultats serrés.

Le nouveau président, élu pour un mandat de six ans, prendra ses fonctions le 8 juillet.

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