L’Afghanistan accuse de longue date le Pakistan d'alimenter en sous-main l'insurrection talibane en abritant des combattants de son côté de la frontière. Dans un contexte de plus en plus acrimonieux, l'idée serait de rapatrier certains combattants lassés de se battre, en espérant ainsi saper l'influence négative attribuée par l'Afghanistan à son voisin.
Le puissant chef de la police de Kandahar, Abdul Raziq, par ailleurs vivement critiqué pour ses méthodes brutales, avait appelé en décembre dernier à établir des "sanctuaires" pour les combattants talibans afghans prêts à déposer les armes et désireux de rentrer chez eux mais craignant pour leur sécurité.
Il a depuis mis son plan à exécution: deux dizaines d'insurgés se sont réfugiés dans cette province du sud afghan, des commandants haut placés comme de simples combattants, ont indiqué des sources de sécurité.
L'opération, approuvée par Kaboul pour cette seule zone, a été pilotée par l'adjoint de M. Raziq, Sultan Mohammed.
Trois de ces combattants ont parlé à l'AFP par téléphone depuis des localités de Kandahar tenues secrètes. Tous disent avoir été de facto amnistiés, et certains sont logés et ont reçu de l'argent en échange de leur renoncement à combattre.
"Sultan Mohammed m'a dit: +Reviens vers ton pays, ta patrie, sans peur. Je garantis que personne ne te touchera+," raconte le mollah Abdul Rauf, 37 ans, un ancien membre de la commission économique des talibans.
"Il est venu jusqu'à la frontière en voiture pour accueillir ma famille," a ajouté M. Rauf, qui a fait défection cette année et quitté Quetta (sud-ouest du Pakistan), où est basé le conseil de direction des talibans afghans, avec ses trois femmes et leurs enfants.
Parmi les personnalités talibanes également réfugiées à Kandahar, se trouveraient les commandants Malim Paida et Mohammadullah Khan, ainsi qu'un chef insurgé connu sous le nom de Docteur Khalil.
L'exfiltration d'une poignée d'insurgés islamistes basés au Pakistan a peu de chance de peser sensiblement sur l'issue du conflit, alors que tous les efforts pour relancer les négociations entre gouvernement et insurgés ont échoué et que les violences continuent.
La semaine dernière, les talibans ont tué plus de 140 personnes dans une base militaire du nord du pays, suscitant la colère de la population et plongeant les forces armées dans le désarroi.
Mais Sultan Mohammed estime que ses efforts reviennent à "percer de petits trous sur un grand barrage": ils visent à fragiliser la structure jusqu'à ce qu'elle s'effondre.
"Le retour de ces personnalités talibanes ouvrira la voie à d'autres", assure-t-il à l'AFP.
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