L'entretien Erdogan-Trump et ses répercussions sur le Moyen-Orient

  26 Mai 2017    Lu: 1595
L'entretien Erdogan-Trump et ses répercussions sur le Moyen-Orient
Etude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en relations internationales à l’Université Ataturk…
Il y a quelques jours, le président de la République turque Recep Tayyip Erdogan a réalisé une visite aux Etats-Unis et rencontré son homologue américain Donald Trump. Cette semaine nous allons analyser la rencontre Erdogan-Trump et sa répercussion au Moyen-Orient…

Le chef d’Etat turc Erdogan a réalisé une visite officielle aux Etats-Unis au terme de ses visites en Inde, Russie et Chine. Par conséquent, Erdogan et Trump se sont rencontrés en face à face pour la première fois. Cette visite a été suivie avec attention par l’opinion publique turque régionale. Selon les premières impressions partagées par la presse, l’entretien s’est en grande partie bien passé.

Lorsque nous analysons les déclarations de chacun des deux leaders, nous constatons que leurs propos sont loin des tensions et mettent en avant-plan la coopération. Les deux leaders n’ont pas réussi à aboutir à un consensus concernant le soutien des Etats-Unis au PYD/YPG, un des principaux sujets de la visite. Toutefois, comparé à l’ère d’Obama, il y a des progrès dans les autres sujets.

Il semble que les Etats-Unis continuent de qualifier le PKK d’organisation terroriste, de coopérer avec le PYD/YPG branche syrienne de l’organisation terroriste PKK, et ne reviendront pas sur leurs décisions concernant la livraison d’armes au PYD/YPG. Les Etats-Unis sont déterminés à effectuer l’opération anti-Daesh de Raqqa avec le PYD/YPG. Les Etats-Unis ont officiellement donné à la Turquie la garantie que le PYD/YPG utilisera les armes livrées uniquement lors de cette opération, qu’au terme du sauvetage de Raqqa le PYD/YPG ne prendra pas part à l’administration de cette ville et qu’un corridor de l’organisation terroriste PKK ne sera pas formé dans la région. Toutefois, la Turquie a des soupçons justifiés en raison de l’expérience vécue à Manbij. « Ils disent toujours cela, mais nous, nous regardons les faits ; S’il y a la moindre attaque contre la région que nous avons nettoyée de la présence terroriste en Syrie ou contre nos frontières, alors nous appliquerons les règles d’engagement sans demander l’avis de qui que ce soit » a assuré le président Erdogan à ce sujet. Cette déclaration souligne que la Turquie ne se fie pas aux paroles mais aux faits. En réalité le soutien des Etats-Unis au PYD/YPG, est totalement contraire aux principes défendus par les Etats-Unis concernant ses relations avec la Turquie, la lutte contre le terrorisme et l’avenir de la Syrie. L’anti-américanisme hausse crescendo au Moyen Orient en raison de ce genre d’erreur.

Actuellement, les dirigeants occidentaux dont ceux des Etats-Unis en tête, tentent de former une distinction entre le PKK et le PYD/YPG. Mais quoi qu’ils fassent, le PYD/YPG est une organisation terroriste et la branche syrienne de l’organisation terroriste PKK. Il y a des réalités incontestables prouvant cela. Il y a environ un an l’ex-secrétaire d’Etat américain à la défense Ashton Carter avait été interrogé sur l’existence d’une alliance et d’un lien étroit entre le PYD/YPG et le PKK lors de la cession du sénat relative à sa nomination au Congrès américain. ‘Oui’ avait répondu Ashton Carter à cette question.

Un article notant que le PYD/YPG est la branche syrienne de l’organisation terroriste PKK a été publié il y a quelques jours dans The Atlantic, un des importants organes de diffusion des Etats-Unis. L’auteur de cet article publié le 11 mai, est l’ex-ambassadeur des Etats-Unis en Syrie, Robert Ford. Ford note dans cet article, que le PYD a été formé en 2003 dans le mont Qandil par les leaders de l’organisation terroriste PKK. Il explique avec des données concrètes les relations qui existent entre le PKK, KCK et le PYD/YPG. Il précise qu’un militant du PYD a déclaré aux quotidien Wall Street Journal qu’il est un ancien membre du PKK. Ford indique que l’administration d’Obama et de Trump avaient avancé il y a peu de temps que le PYD/YPG et le PKK sont des organisations distinctes. Ford déclare que la région autonome qui sera prise sous le contrôle du PYD dans le nord de la Syrie, assurera à l’organisation terroriste PKK une profondeur stratégique pour ses attaques contre la Turquie. Il souligne que les auteurs des attaques perpétrées à Istanbul, Ankara et Bursa, sont des ‘militants’ formés au nord de la Syrie. Ford informe que le soutien des Etats-Unis à une organisation terroriste pour lutter contre une autre organisation terroriste, montre que la cohérence politique des Etats Unis a failli, et que cette politique engendrera la fin de la fiabilité de la lutte contre le terrorisme. De plus il affirme que le PYD n’est pas démocratique comme on essaie de le prétendre, et ne donne aucune chance de survie à un autre groupe politique même kurde. L’administration américaine devrait prendre en compte ces avertissements avant qu’il ne soit trop tard.

Malgré tout, cette visite a également beaucoup de résultats positifs. Tout d’abord, l’ambiguïté qui régnait depuis un moment dans les relations turco-américaines, a été levée. Les relations bilatérales entre les deux pays qui étaient sur le seuil d’une crise, se sont de nouveau normalisées. Par conséquent, une nouvelle ère s’est ouverte dans les relations turco-américaines. Alors, est ce que les relations bilatérales de la nouvelle ère, hausseront de nouveau au niveau du partenariat stratégique ? Il est encore trop tôt actuellement et difficile de répondre clairement à cette question. Ce sont les démarches politiques, militaires et en particulier, les développements en Syrie, qui détermineront cela.

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