Un artiste est penché dessus, concentré. Il écrit aussi les mots «Stay strong our kid», une expression locale pour dire «tiens bon mon ami». «Manchester est une ville unique. L'abeille signifie qu'ici on travaille dur, qu'on est debout et solidaires», explique-t-elle en référence à la culture ouvrière de la cité. «Et en plus, l'argent revient aux familles». Un fonds d'aide, mis en place par la mairie avec notamment l'aide de la Croix-Rouge après l'attentat de lundi soir qui a tué 22 personnes dans une salle de concert, a déjà récolté 4 millions de livres.
Un tatoueur de la région, reconnaissant ne savoir «que tatouer», s'est mobilisé, proposant de faire payer 50 livres la petite abeille et de verser les sommes collectées à ce fonds. Une consœur a monté une page Facebook et c'était parti. Jordon, 28 ans, qui dessine d'un geste sûr et rapide l'abeille de Naomi, fait des heures sup depuis plusieurs jours. «Et je vais venir bosser sur mes jours de repos. La demande est énorme», dit-il.
«Hier j'ai tatoué une quinzaine d'abeilles. Et là, il y a déjà six personnes qui attendent leur tour», dit le jeune homme, sans lever la tête de son ouvrage. Son patron, Paul, qui possède trois salons, confirme. «On a rappelé des clients qui avaient rendez-vous pour leur dire qu'on les prendrait plus tard. On se concentre sur les abeilles. Comme ça on peut prendre des gens qui se présentent... Pardon, je dois répondre là», dit-il. Encore le téléphone. «Oui dimanche et lundi, ce sera ouvert. Sans rendez-vous. Des tatoueurs vont venir en renfort d'autres villes du coin, mais il faudra faire la queue oui...» Il raccroche. «Je vais acheter des boissons fraîches pour faire patienter les gens», dit-il, comme à lui-même.
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