Si ce dernier réussit sa mission, M. Fico sera parvenu à sauver la coalition qu'il conduit depuis 2016 et à éviter, comme il le souhaitait, des élections anticipées.
Le Premier ministre de gauche, 53 ans, a remis sa lettre de démission au président Andrej Kiska devant les caméras de télévision. Le chef de l'Etat a ensuite officiellement chargé M. Pellegrini, 42 ans, lui aussi social-démocrate, de former un nouveau cabinet.
"La seule raison de ma démission est de prévenir le chaos dans le pays et d'assurer la stabilité. Des élections anticipées n'auraient apporté aucune stabilité", a dit M. Fico aux journalistes à l'issue de sa visite à la présidence.
"Je ne m'en vais nulle part. Je serai un président actif du plus fort parti politique", a-t-il ajouté, dans une allusion à sa formation à tendance sociale-démocrate, le Smer-SD.
"L'orientation de la République Slovaque est pro-européenne et atlantiste. Le nouveau Premier ministre aura mon soutien à cet égard. Et aussi pour la préservation d'un Etat fort, moderne et social", a-t-il ajouté.
Des relations tendues
Auparavant, M. Kiska, un millionnaire philanthrope dont les relations avec M. Fico sont tendues depuis qu'il l'a battu dans la course à la présidence en 2014, a émis des critiques sévères à son égard.
"Au lieu d'accepter la responsabilité politique fondamentale d'un gouvernement et d'un Premier ministre et d'engager un processus douloureux mais nécessaire pour restaurer la confiance en l'Etat, en ses représentants et en sa justice, nous avons vu (chez M. Fico) quelque chose de très différent. Un refus d'accepter la réalité politique, des théories de complot d'outre-mer et la remise en question du droit de réunion pacifique", a dit le président.
M. Fico a offert mercredi sa démission dans le sillage de l'assassinat du journaliste Jan Kuciak, à l'origine d'une profonde crise politique et d'importantes manifestations de rue, qui ont conduit lundi à la démission du ministre de l'Intérieur, Robert Kalinak.
Kuciak avait enquêté sur la corruption et sur des liens entre des hommes d'affaires italiens soupçonnés de relations avec la mafia calabraise, la 'Ndrangheta, et des hommes politiques slovaques, y compris dans l'entourage du Premier ministre.
"Hier (mercredi), les partis de la coalition m'ont informé qu'ils avaient le soutien d'une majorité au parlement pour un nouveau gouvernement conduit par M. Pellegrini", a déclaré le président Kiska plus tôt jeudi.
Trois conditions au départ de Fico
La coalition hétéroclite issue des législatives de 2016 comprend, outre le parti à tendance sociale-démocrate Smer-SD de M. Fico, le Parti National Slovaque (SNS, droite nationaliste) et Most-Hid (centre-droit, proche de la minorité hongroise).
En offrant sa démission mercredi, M. Fico a posé trois conditions à son départ: le président Kiska devra respecter le résultat des élections législatives de 2016, respecter et garantir l'accord de coalition qui a permis la mise en place du gouvernement actuel, et accepter que son parti propose son candidat à la tête du futur gouvernement.
Pour l'analyste politique Pavol Babos, de l'Université Comenius, il ne faut pas s'attendre à des changements importants dans la politique slovaque, car M. Fico devrait "devenir une éminence grise dirigeant le Premier ministre en coulisse", comme le laissent prévoir ses propos.
"Les tensions devraient baisser un peu. Mais (...) les partis du pouvoir se sont mis d'accord pour ne pas s'échanger des ministères. Cela veut dire que le Smer-SD gardera le ministère de l'Intérieur. (...) Or, Jan Kuciak avait parlé de liens de la mafia italienne avec la direction du Smer-SD au sens large. Aussi longtemps que ce parti désignera le ministre de l'Intérieur, de facto la personne qui dirige la police, le conflit d'intérêts demeurera", a-t-il estimé.
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