Damas et Moscou accusés de saper le processus de paix
Le gouvernement britannique a promis 1,2 milliard de livres (1,74 milliard de dollars) supplémentaire d`ici 2020 pour aider les victimes du conflit en Syrie.
L`ONU a suspendu mercredi les pourparlers inter-syriens de paix à Genève, théoriquement jusqu`au 25 février, au moment où le régime de Damas, appuyé par les frappes de son allié russe, effectuait une importante percée militaire à Alep (nord), rendant vaines toutes discussions selon l`opposition.
Paris et Washington ont dénoncé ces frappes, et ont lié le naufrage du processus de Genève à la situation sur le terrain.
"La poursuite de l`assaut des forces du régime syrien -- renforcées par les frappes russes -- contre des zones tenues par l`opposition (...) a clairement montré le désir de chercher une solution militaire plutôt que de permettre une solution politique", a accusé le secrétaire d`Etat américain John Kerry, actuellement à Londres, à l`adresse de Moscou et de Damas.
"Nous appelons le régime et ceux qui le soutiennent à arrêter leurs bombardements sur des zones tenues par l`opposition, en particulier à Alep", a exigé le chef de la diplomatie américaine.
Dans la journée, la France avait elle aussi condamné "l`offensive brutale menée par le régime syrien, avec le soutien de la Russie". Le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius a jugé que les "circonstances dramatiques" sur le terrain "privaient de sens" les discussions de Genève "auxquelles ni le régime de Bachar al-Assad ni ses soutiens ne souhaitent visiblement contribuer de bonne foi, torpillant ainsi les efforts de paix".
L`armée syrienne a réussi à resserrer l`étau mercredi autour des rebelles dans la ville d`Alep, ex capitale économique du pays, après avoir coupé leur principale route d`approvisionnement, marquant un nouveau succès pour le régime depuis l`intervention de Moscou dans le conflit fin septembre.
L`offensive des troupes, aidées par des miliciens et des combattants du Hezbollah libanais, a été appuyée par d`intenses bombardements russes --plus de 320 frappes depuis lundi, selon l`Observatoire syrien des droits de l`Homme (OSDH). Et le chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov a martelé qu`il n`était pas question pour Moscou de cesser ses bombardements avant d`avoir "réellement vaincu" les groupes "terroristes".
Reprise des discussions incertaine
Après six jours de discussions avec le régime d`une part, l`opposition d`autre part, de tergiversations et de rendez-vous annulés ou reportés, l`émissaire de l`ONU Staffan de Mistura a annoncé une "pause" dans le processus de discussions sur la Syrie, censé enclencher une solution politique pour mettre un terme au conflit.
"J`ai conclu, après une première semaine de discussions préparatoires, qu`il y a encore du travail à faire, non seulement par nous, mais par toutes les parties prenantes" à la crise syrienne, a déclaré M. de Mistura, renvoyant la balle dans le camp des grandes puissances du Groupe international de soutien à la Syrie, qui doivent se réunir le 11 février à Munich.
Le diplomate onusien s`est refusé à parler "d`échec" et a déclaré avoir fixé la date du 25 février pour une reprise des discussions.
Mais celle-ci semble tout sauf certaine.
L`opposition syrienne "ne reviendra pas à Genève tant que ses demandes sur le volet humanitaire ne seront pas satisfaites", a déclaré son coordinateur Riad Hijab lors d`une conférence de presse à Genève. Le Haut comité des négociations (HCN), qui regroupe des politiques et des représentants des groupes armés, réclame l`arrêt des bombardements russes, la libération de détenus, et la levée des sièges d`une quinzaine de villes en Syrie, où, selon l`ONU, près de 500.000 personnes vivent coupées d`aide humanitaire et médicale.
M. Hijab a rappelé que le HCN était venu en Suisse "avec l`assurance de nombreux pays que le processus humanitaire allait débuter". "Mais le contraire est arrivé". "Le monde entier voit qui a fait capoter les négociations, qui bombarde les civils et fait mourir de faim la population", a-t-il lancé.
De son côté, Damas a rejeté l`échec du processus sur l`opposition. "Depuis son arrivée, la délégation de l`opposition a refusé de prendre part à des discussions sérieuses avec l`émissaire de l`ONU", a déclaré l`ambassadeur syrien à l`ONU Bachar al-Jaafari, qui dirigeait la délégation du régime.
Lui aussi a également laissé entendre que la reprise des discussions le 25 février n`était pas acquise.
Les pourparlers de Genève, arrachés sous la pression internationale, étaient censés amener le régime de Damas et l`opposition à discuter, même indirectement, pour enclencher un processus politique et mettre un terme à une guerre qui a fait plus de 260.000 morts et des millions de réfugiés en cinq ans.






