"Cher papa, tout va bien pour moi et j`espère qu`il en est de même pour vous. Ne t`inquiété pas pour moi, je me débrouillerai. J`espère pouvoir bientôt vous embrasser. Bises. Ton Ferruccio", dit le message.
L`estampe atteste que la carte postale est arrivée à Treviso le 2 janvier 1944, mais il semble qu`elle se serait perdue dans le chaos de la guerre. Ce n`est que des décennies plus tard qu`elle a été retrouvée par un chercheur. Soucieux de la remettre à ses destinataires, ce dernier a appris que la maison mentionnée dans l`adresse n`existait plus. Heureusement, le chercheur a fini par trouver la famille de Ferruccio à l`aide du facteur local qui connaissait bien les Pasin.
"J`étais à l`épicerie lorsqu`un homme qui s`est présenté comme chercheur m`a dit qu`il avait une lettre rédigée par mon père", confie Mario, 85 ans.
"Je lui ai expliqué que Ferruccio était en fait mon frère et… quelques jours plus tard la lettre m`a été livrée", poursuit-il.
D`ailleurs, l`auteur de la lettre ne s`est pas trompé: après être sorti du camp nazi, il a rejoint sa famille en Italie. Ferruccio est décédé en 1981, à l`âge de 66 ans, laissant derrière lui huit enfants. Toutefois, il n`a jamais évoqué de son vivant une quelconque lettre rédigée dans le camp.
La carte postale a remué des souvenirs. "J`avais deux ans lorsqu`il est revenu du front", se remémore Anna, la fille de Ferruccio, ajoutant qu`à sa vue elle s`était cachée sous le lit.
"Il ressemblait à un clochard: il avait une barbe et était mal habillé. Ses mains et ses pieds étaient glacials. Mesurant 1,80 mètre, il pesait 37 kilogrammes", poursuit-elle.
Ferruccio est retourné en Italie par train qui l`a déposé à Vérone. Ensuite il a fait 148 kilomètres à pied pour retrouver les siens. Quant à sa lettre, son chemin a été beaucoup plus long.
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